Gouvernement majoritaire : les libéraux de Mark Carney unis et forts

Un moment différent : de la survie à la force
Il y a un peu plus de douze mois, le Parti libéral fédéral était sur le dos.
Sous le premier ministre Justin Trudeau, les libéraux sont confrontés à une baisse des sondages, à une fatigue interne et à un sentiment de plus en plus grand que le cycle politique avait changé. Le Parti conservateur, dirigé par Pierre Poilievre, avait une avance soutenue, et l'hypothèse qui prévalait à Ottawa était qu'un changement de gouvernement était une question de quand, et non de si.
De toute évidence, cette hypothèse n'est plus valable.
Les trois élections partielles fédérales d'hier se sont déroulées au milieu d'une période d'élan politique accru pour les libéraux au pouvoir. Ils ont fait suite à un congrès national libéral très énergique à Montréal que nos consultants ont vu de première main, un parti projetant l'unité, la discipline et une confiance renouvelée sous le premier ministre Mark Carney. La convention renforce la représentation du parti en tant que parti de « courtage » à large assise, cherchant activement à élargir sa tente et à consolider l'autorité dirigeante. Cette situation a été récemment illustrée par le franchissement du sol de la députée de l'Ontario, Marilyn Gladu, et est alimentée par des spéculations persistantes au sujet d'autres défections conservatrices.
En un an à peine, les libéraux ont :
- rétabli une avance nationale dans les sondages de popularité ;
- Positionné le Premier ministre Carney comme un agent de changement et un intendant économique crédible ;
- Adapté avec succès leur programme stratégique au centre.
Il ne s'agit pas simplement d'un rebond ; il s'agit d'une reconstruction de la coalition libérale, fondée sur la gestion économique, la stabilité et l'unité en temps de crise, et d'un élargissement de la tente électorale. Et hier soir, j'ai prouvé que ça fonctionne.
En remportant les trois élections partielles d'hier soir, les libéraux ont obtenu un gouvernement majoritaire avec 174 sièges. Ce décompte donne aux libéraux une majorité de deux sièges, sans compter le président Scarpaleggia, qui peut briser l'égalité des voix à la Chambre, mais qui, par convention, devrait se ranger du côté du maintien du statu quo, qui est souvent la position des partis de l'opposition.
Avec une faible majorité, le gouvernement demeure exposé à de possibles frictions procédurales, ce qui limite sa capacité de réinitialiser unilatéralement les opérations de la Chambre jusqu'à ce qu'Élections Canada certifie le bref et que les nouveaux députés prêtent serment.
Selon notre analyse, le résultat d'hier soir sera interprété comme une ratification publique du leadership de Carney et de la stratégie agressive de consolidation des libéraux - par des victoires électorales, des passages sélectifs et un récit de la stabilité nationale, contrairement à une opposition de plus en plus fractionnée.
Le gouvernement agira rapidement pour réinitialiser la composition des comités parlementaires afin de refléter sa majorité établie. Cela rétablirait le contrôle libéral sur les ordres du jour des comités, les présidents et les échéanciers législatifs, outils qui ont été limités tout au long de la récente législature minoritaire. Une telle remise à zéro réduirait considérablement l'influence de l'opposition, accélérerait le programme législatif du gouvernement et donnerait à Carney une piste plus longue pour gouverner selon ses propres conditions.
Le gouvernement ayant obtenu la majorité, il dispose de plusieurs leviers procéduraux bien établis - certains immédiats, d'autres échelonnés - pour réaligner les comités parlementaires sur le nouvel équilibre de la Chambre.
Le mécanisme le plus direct est une motion du gouvernement à la Chambre visant à reconstituer la composition des comités. Les comités permanents sont constitués par ordre de la Chambre et non fixés de façon permanente pour un Parlement. Maintenant que la majorité est obtenue, le gouvernement déposera par l'entremise du leader parlementaire du gouvernement une motion précisant ce qui suit :
- Révision de la répartition des sièges des partis au sein de chaque comité permanent ; et/ou
- des listes de membres mises à jour, reflétant la nouvelle composition du caucus ; et/ou
- Remplacement des députés de l'opposition qui occupaient auparavant des sièges en raison de l'arithmétique minoritaire.
- Avec une majorité, une telle motion peut être adoptée rapidement, même en cas de résistance unifiée de l'opposition. Il s'agit de l'itinéraire le plus propre et le plus courant.
Pour les partis d'opposition, cette percée des libéraux est déstabilisante. Les comités ont été la principale arène par laquelle les conservateurs et le Bloc québécois ont exercé un effet de levier ; perdre le contrôle de ces comités réduirait fortement leur capacité à façonner des programmes, à soutenir des enquêtes ou à ralentir la législation. Stratégiquement, elle pourrait forcer un recalibrage à l'abandon de la guerre procédurale vers une différenciation politique plus claire.
Les répercussions sur le leadership sont aiguës. Le chef conservateur Pierre Poilievre pourrait subir de nouvelles pressions pour expliquer le départ de quatre députés, dans un contexte de spéculations persistantes sur un nombre encore plus grand de candidats potentiels à la traversée du sol. Le Bloc québécois a maintenant perdu Terrebonne deux fois en un an, ce qui soulève des questions sur son emprise sur la banlieue québécoise et la pérennité de sa coalition post-pandémique. Le NPD, déjà marginalisé par l'empiétement libéral, continuera probablement de faire face à des questions existentielles sur la pertinence et le positionnement politique alors qu'il entame une période de reconstruction sous la direction du chef récemment élu Avi Lewis. Néanmoins, un gouvernement majoritaire donne à tous les partis d'opposition plus de temps pour se regrouper avant les prochaines élections.
Pris ensemble, le congrès, les élections partielles et l'évolution de la composition de la Chambre indiquent plus qu'un changement temporaire dans l'élan, mais témoignent d'une éventuelle réorganisation de la politique fédérale. Cette majorité ne se stabilise pas simplement pour le gouvernement actuel. Il permet au premier ministre de gouverner jusqu'au 19 octobre 2029, en supposant que le nombre majoritaire soit maintenu. Il concentre également le pouvoir décisionnel, accélère les délais législatifs et réduit considérablement la capacité des partis d'opposition d'influencer les résultats par des moyens procéduraux. Pour les intervenants, cela se traduit par un environnement stratégique plus prévisible, mais qui évolue plus rapidement, où l'accès, le calendrier et l'harmonisation avec les priorités gouvernementales deviennent de plus en plus essentiels. La question clé maintenant n'est pas de savoir si les libéraux ont retrouvé pied, mais s'ils entrent dans une période soutenue de domination au pouvoir sous le premier ministre Carney.


