L'avantage du Canada en matière de ressources n'est qu'un point de départ

À l'aube d'un automne déterminant, les questions entourant le commerce, la sécurité économique et la relation du Canada avec les États-Unis prennent une urgence nouvelle. Les minéraux critiques offrent un aperçu révélateur de ce qui s'en vient. Même si le Canada traverse l'une des périodes les plus difficiles de son histoire commerciale avec les États-Unis, le gouvernement américain continue d'investir directement dans des projets canadiens de minéraux critiques.
Washington ne considère pas l'accès aux minéraux critiques comme une simple question commerciale, mais bien comme un impératif de sécurité nationale et économique.
En vertu du Defence Production Act américain, le Canada est considéré comme une source domestique, ce qui permet au Pentagone d'investir directement dans des projets canadiens. Parmi les investissements récents, notons 8,3 millions de dollars américains pour le graphite au Québec, 6,4 millions de dollars américains pour le cobalt et le bismuth dans les Territoires du Nord-Ouest, ainsi que 15,8 millions de dollars américains pour le tungstène au Yukon.
Ces montants demeurent modestes en comparaison des milliards nécessaires pour développer des mines. Mais l'orientation de la politique en dit long. Washington se montre de plus en plus disposé à agir comme investisseur, prêteur et client lorsqu'une ressource revêt une importance stratégique.
Et le marché seul pourrait ne pas suffire à résoudre le problème.
Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les investissements mondiaux dans les minéraux critiques ont chuté de 9 % en 2025, tandis que les investissements dans les métaux pour batteries ont reculé de plus de 20 %. Par ailleurs, les nouveaux projets de raffinage situés hors des pays producteurs dominants peuvent voir leurs coûts d'investissement grimper de 20 % à plus de 150 %, avec des coûts d'exploitation supérieurs d'environ 50 % en moyenne.
Les États-Unis ont mis sur pied le Project Vault, une réserve stratégique de minéraux critiques appuyée par un financement pouvant atteindre 10 milliards de dollars américains provenant de l'Export-Import Bank des États-Unis.
La constitution de stocks stratégiques permet de se prémunir contre les ruptures d'approvisionnement, tandis que les achats gouvernementaux peuvent générer de la demande. Les ententes d'écoulement (offtake) peuvent offrir une certitude de revenus. Les prêts et les prises de participation peuvent réduire le risque de financement. Ensemble, ces outils peuvent changer la donne économique quant à la réalisation d'un projet jugé stratégiquement important.
Le Canada emboîte le pas.
Ottawa a mis sur pied l'Accélérateur des minéraux critiques, doté de 2 milliards de dollars et capable de réaliser des investissements en capitaux propres, en dette et en écoulement, en plus du Fonds du premier et dernier kilomètre, pouvant atteindre 1,5 milliard de dollars. Le Canada développe également son propre stock stratégique de minéraux critiques.
La question, à l'approche de l'automne, en est une de vitesse, d'ampleur et de stratégie.
Washington investit dans les minéraux canadiens parce que la sécurisation de ces ressources sert les intérêts économiques et de sécurité nationale des États-Unis. Le Canada devrait faire preuve de la même clarté à l'égard des siens.
Quels minéraux sont essentiels à nos besoins en matière de défense et d'industrie? Quels projets canadiens sont suffisamment stratégiques pour justifier une intervention? Que devrions-nous mettre en réserve? Où avons-nous besoin de transformation domestique? Et où devrions-nous établir des partenariats avec nos alliés?
Posséder des minéraux critiques n'équivaut pas à contrôler une chaîne d'approvisionnement en minéraux critiques.
Le Canada dispose d'un avantage extraordinaire sur le plan des ressources. Le défi consiste maintenant à transformer cet avantage en projets, en chaînes d'approvisionnement et en force économique durable.
Nous devons faire preuve d'autant de sens stratégique à l'égard de nos ressources que les pays qui les convoitent.


