L’énergie, l’ambition que le Québec ne peut plus reporter

Le prochain gouvernement du Québec ne sera pas seulement jugé sur sa capacité à gérer les finances publiques, les services publics ou l’économie. Il le sera aussi sur une question déterminante: aura-t-il donné au Québec l’énergie nécessaire pour soutenir ses ambitions?
La croissance énergétique sera l’un des plus grands défis politiques, économiques et environnementaux des prochaines années.
Pourtant, elle risque encore d’être traitée comme un enjeu technique, alors qu’elle devrait être au cœur de la prochaine campagne électorale.
Produire, transporter et rendre disponible l’énergie nécessaire à la décarbonation, à la compétitivité et au développement économique exigera des choix clairs, et ces choix doivent être débattus publiquement.
Dans un contexte marqué par l’incertitude économique, les tensions commerciales avec les États-Unis et la concurrence entre les juridictions nord-américaines pour attirer les investissements, l’énergie ne peut plus être reléguée au second plan. Elle doit devenir l’une des grandes questions posées aux partis et à leurs chefs.
Le Québec a bâti une part importante de sa prospérité sur l’énergie. Les grands projets hydroélectriques ont développé les régions, attiré des investissements, créé des emplois de qualité et donné au Québec un avantage concurrentiel unique en Amérique du Nord.
Cet avantage ne peut plus être tenu pour acquis.
L’électrification des transports, l’intelligence artificielle, les centres de données, les minéraux critiques et la fabrication avancée créent une demande énergétique sans précédent. Les juridictions capables d’y répondre attireront les investissements, les projets et les emplois de demain.
Or, la disponibilité énergétique devient déjà un facteur déterminant dans les décisions d’investissement. Si l’énergie n’est pas disponible au bon moment, certains projets ne seront pas simplement retardés: ils iront ailleurs.
La décarbonation demeure essentielle. Mais le défi consiste désormais à réduire les émissions tout en préservant la capacité du Québec à attirer des investissements, à soutenir ses entreprises et à développer de nouveaux projets industriels.
Un portefeuille énergétique
L’hydroélectricité demeurera la pierre angulaire du modèle québécois. Elle est notre plus grand avantage concurrentiel et l’un des principaux moteurs de notre décarbonation.
Mais l’ampleur des besoins à venir exige une conversation plus large. Le débat énergétique ne doit pas devenir un concours entre filières. Il doit porter sur la capacité réelle du Québec à livrer l’énergie requise, au bon endroit et au bon moment.
L’objectif n’est pas de privilégier une filière, mais de bâtir un portefeuille énergétique capable de répondre à la demande sans sacrifier la décarbonation, la compétitivité, ni la croissance économique.
Cette discussion dépasse largement les frontières du Québec. Partout en Amérique du Nord, les gouvernements rivalisent pour attirer les investissements liés aux technologies de pointe et à la transition énergétique. Dans cette compétition, l’accès à l’énergie est devenu un avantage stratégique.
Le Québec dispose pourtant d’atouts exceptionnels: une expertise reconnue mondialement, des ressources abondantes et une énergie propre enviée bien au-delà de ses frontières.
Le siècle dernier a fait du Québec une référence mondiale en énergie propre. Le prochain chapitre dépendra de notre capacité à planifier dès maintenant la croissance énergétique dont nous aurons besoin.
Les partis qui aspirent à gouverner le Québec devraient donc dire clairement comment ils entendent répondre à cette demande croissante.
La prochaine campagne électorale doit permettre un véritable débat sur la croissance énergétique du Québec, car sans énergie disponible, il n’y aura ni transition réussie, ni compétitivité durable, ni ambition économique à la hauteur du potentiel québécois.


